RETRAITE

Retraites : Débat Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, et Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire aux retraites à la fête de l'Humanité

Le samedi 14 septembre 2019 à la Fête de l'Humanité, face-à-face entre Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, et Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire aux retraites.

Animé par Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l'Humanité, et Sébastien Crépel, journaliste à l’Humanité.

RETRAITES : Une autre réforme est possible. Les propositions de la CGT

Deux français sur trois sont opposés à la réforme des retraites que prépare le gouvernement et 93% d’entre eux refusent la baisse de leur pension. C’est pourtant ce qui est envisagé, avec le régime par points préconisé par Emmanuel Macron et construit par Jean-Paul Delevoye.
 

L’entrée de ce dernier au gouvernement démontre d’ailleurs que c’est bien un projet Macron-Delevoye qui est en route avec, pour seul objectif, de nouvelles économies budgétaires sur « le dos » du monde du travail.

Le Premier ministre annonce une période de consultations alors que, depuis 18 mois, l’ex haut-commissaire Delevoye a bâti un projet sans prendre en compte aucune des nombreuses propositions de la CGT.

Il est indispensable d’augmenter le financement des retraites pour, d’une part, améliorer les pensions de tous les travailleurs et travailleuses et, d’autre part, revenir à un âge légal de départ à 60 ans. On vit plus longtemps aujourd’hui parce qu’on travaille moins longtemps. Changer cette tendance conduirait à l’effet inverse.

La CGT a chiffré les financements nécessaires en s’appuyant, par exemple, sur ce constat : plus les salaires et les pensions stagnent ou baissent, plus les dividendes versés aux actionnaires augmentent.

La relance de pseudos concertations, quelle qu’en soit la durée, dans la perspective d’échéances électorales à venir, sans volonté de changer radicalement le fond du rapport Delevoye, est inutile. Les questions essentielles sont en réalité, pour toutes et tous : « À quel âge je vais pouvoir partir et avec combien ? », « Combien d’années en bonne santé vais-je pouvoir espérer profiter de ma retraite ? »

Lors de la rencontre avec le Premier ministre, vendredi prochain, la CGT portera donc une nouvelle fois les propositions indispensables à une retraite assurant un départ de toutes et de tous à taux plein dès 60 ans.
Notre système actuel par répartition doit, certes, être amélioré pour prendre en compte la diversité et l’évolution du monde du travail actuel mais à qui fera-t-on croire que ce qui a été créé à la Libération dans un pays ravagé et ruiné par la guerre devrait se traduire, aujourd’hui, par une régression sociale dans une des plus grandes puissances économiques du monde ?

Ce qu’il faut, c’est un autre partage des richesses !

La CGT propose de renforcer la qualité des emplois, de garantir leur stabilité, d’améliorer le niveau des salaires et les conditions de travail. La retraite est bel et bien le reflet de la vie active.

La CGT exige des réponses immédiates sur des questions essentielles que le gouvernement se garde bien d’aborder.

  • La mise en œuvre d’une politique volontariste d’égalité salariale entre les femmes et les hommes, améliorant la retraite des femmes. Celle-ci est encore inférieure, à qualification égale en moyenne, de 20%. Cette décision permettrait d’abonder à hauteur de plus de 6 milliards d’euros  les ressources des différents régimes de retraite existants.
  • La validation de 3 années d’études, au moins, de formation initiale ou continue, de recherche du premier emploi ou période de précarité pour les jeunes qui, aujourd’hui, trouvent un emploi stable en moyenne à 27 ans. L’acquisition des droits par la jeunesse doit être assurée en partie par l’État, de même que ce dernier doit prendre en charge sa formation. L’autre partie doit être prise en charge sous forme de cotisations par les entreprises qui bénéficient de la qualification acquise par les salariés.
  • Le droit de travailler jusqu’à l’âge de la retraite. Moins d’un travailleur sur deux est en emploi à partir de 55 ans, alors que le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a triplé depuis 10 ans. Dans ce contexte, le gouvernement veut reculer l’âge réel de la retraite à 64 ou 65 ans… La CGT propose de mettre en place une véritable sécurité sociale professionnelle favorisant le maintien et le retour au travail entre 55 et 60 ans.
  • Elle exige la reconnaissance de la pénibilité au travail, avec l’aménagement des fins de carrière et un droit à un départ anticipé à la retraite à taux plein à 55 ans, voire 50 ans pour les métiers les plus pénibles. C’est la garantie d’une espérance de vie en bonne santé pour toutes et tous.

D’ores et déjà, la CGT appelle l’ensemble des salariés, les retraités et les privés d’emploi à se mobiliser, dès le 24 septembre, pour imposer une amélioration des droits à la retraite de toutes et tous, pour qu’urgence sociale et urgence environnementale se conjuguent au présent.

Montreuil, le 5 septembre 2019

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Retraite : la bataille reste à venir !

Le vaste chantier de la réforme des retraites a franchi un cap le 18 juillet dernier, quand le haut-commissaire a dévoilé ses préconisations après dix-huit mois de concertation avec les partenaires sociaux. Mais tout reste à faire pour défendre un système juste où tout le monde bénéficiera des mêmes droits.
 

Quelles sont les intentions réelles du gouvernement pour la réforme des retraites ?

Ce ne sont pas les annonces de M. Delevoye le 18 juillet dernier, après dix-huit mois de concertation avec les syndicats, qui ont permis de lever le flou. Seule certitude à ce jour : le gouvernement souhaite que l’application du nouveau système universel par points, qui a vocation à remplacer les 42 régimes existants, entre en vigueur en 2025.

Le calendrier de mise en œuvre s'oriente vers un projet de loi présenté en Conseil des ministres d’ici à la fin de l’année puis débattu au Parlement en 2020, avant ou après les élections municipales.

En attendant, la bataille à venir sur l’âge de « départ à taux plein à 64 ans» (distinct de l’âge légal), à laquelle tous les syndicats sont fermement opposés, rendra la concertation – qui reprend en septembre – difficile. D’autant que l’on ne sait rien sur le montant des pensions ou l’âge auquel chacun pourra partir à la retraite à taux plein. Ce qui est sûr, c'est qu'un retraité partant à l'âge légal de 62 ans, même avec une carrière complète, verra sa pension amputée d'une décote de 10 %.

La non-prise en compte des propositions des syndicats sur la pénibilité par exemple ou la référence à la carrière complète plutôt qu'aux 25 meilleures années risque aussi d’envenimer les débats.

Comme la valeur du point, qui n’est pas connue et dont la revalorisation n’est garantie par aucun mécanisme, Comment va-t-elle évoluer ? En fonction de l’inflation, des salaires, de la croissance, de l’espérance de vie ? Et qui en décidera ?

La CGT réclame des droits garantissant dans tous les secteurs professionnel, la possibilité d'un départ dès 60 ans et revendique de meilleures retraites par l'augmentation des financements qui reposent sur les cotisations sociales.

Pour l’heure seul « le blocage du niveau de financement des retraites et l’allongement de la vie active » apparaît comme une certitude. La CGT est convaincue que l'absence de ressources nouvelles, conjuguée à l'augmentation du nombre de retraités d'ici à 2050, entraînera un effondrement du montant des pensions d'environ un tiers.

La CGT appelle d’ores et déjà à descendre dans la rue le 24 septembre.

Source : https://www.cgt.fr/actualites/france/retraite/legislation/retraite-la-bataille-reste-venir

Retraites : Macron joue la montre, mais garde le cap de sa réforme

L’annonce par la ministre des Solidarités et de la Santé, du lancement « probablement la semaine prochaine » d’une nouvelle « concertation citoyenne » sur la réforme des retraites confirme le report après les élections municipales de l’examen d’un texte. Et témoigne aussi de l'embarras de l’exécutif devant les risques d’une confrontation sociale sur un sujet fondateur du pacte social.
 

« Nous attendons les retours de nos concitoyens sur les propositions qui ont été faites » par le Haut commissaire à la réforme des retraites le 18 juillet, a expliqué Agnès Buzyn. Une nouvelle étape donc dans le processus alors que Jean-Paul Delevoye avait lui-même mené une « consultation citoyenne » l’an dernier. Après des mois de crise sociale des gilets jaunes et de mobilisations diverses, Emmanuel Macron a donc renoncé à réformer les retraites par une manœuvre de sidération comme il a pu le faire en début de mandat sur la réforme du code du travail. Le calendrier avant l’adoption d’un futur texte semble devoir s’allonger « après les élections municipales, voire en septembre 2020 sur injonction du gouvernement », selon la délégation de la CGT qui a rencontré le Haut commissaire Jean-Paul Delevoye le 24 juillet. Ce temps long, jalonné de rencontres avec les organisations syndicales permet à l’exécutif de diluer le dossier sans permettre à l’opinion et à chaque citoyen de se faire une juste idée des impacts de la réforme sur sa future retraite et de réagir en conséquence. Il permet aussi au gouvernement de maintenir ses interlocuteurs syndicaux autour de la table afin de donner l’impression d’un dialogue social nourri.

Premières mobilisations catégorielles

Pas sûr que cette stratégie fonctionne car même si pour l’heure les grandes confédérations n’ont pas encore pris date pour une première riposte unitaire, CGT, FO, FSU, Solidaires ont mis à l’ordre du jour de leur intersyndicale une plate-forme commune revendicative. Évidemment, la consultation citoyenne n’a pas d’autre fonction que de leur couper l’herbe sous le pied en occupant le terrain médiatique ces prochaines semaines. Pas sûr non plus que cette diversion entame la détermination de plusieurs professions ou secteurs. Ainsi, d’ores et déjà des organisations d’avocats, infirmières et pilotes de ligne, hôtesses et stewards se disent prêtes à défendre bec et ongles leurs régimes spécifiques redoutant la disparition des 42 régimes existants dans un futur « système universel » et une décote pour ceux qui partiront avant un « âge d’équilibre » fixé à 64 ans. Le Conseil national des barreaux, appelle ainsi « tous les avocats (…) à une manifestation nationale à Paris » lundi 16 septembre. Les avocats redoutent ainsi « hausse conséquente des cotisations » prévue pour aligner ces libéraux sur les salariés du privé, et dénonce une « mise à mort économique« . Le Conseil national des Barreaux accuse les pouvoirs publics de vouloir « spolier la profession des réserves constituées » par la Caisse nationale des barreaux français (CNBF), (environ 2 milliards d’euros). Le principal syndicat de pilotes de ligne et six organisations d’hôtesses et stewards ont décidé d’agir également pour défendre le régime complémentaire des personnels navigants (CRPN) et ses 4 milliards d’euros de réserves financières. D’autres professions, notamment les médecins libéraux fourbissent leurs armes.

Les confédérations syndicales se préparent à un long bras de fer

Confronté à des ripostes catégorielles ou corporatistes, le gouvernement peut évidemment jouer la carte des oppositions comme il l’a fait de manière grossière en opposant les intérêts des cheminots à ceux des usagers dans le cadre de la réforme ferroviaire. La tâche lui sera plus difficile dans un cadre interprofessionnel animé par les centrales syndicales. Le calendrier et l’ampleur de la réforme imposent en effet aux syndicats un processus long d’information, de débat avec les salariés, tout en marquant l’urgence impérieuse du rapport de force en proposant crescendo des échéances de mobilisation. La CGT a lancé une consultation de ses syndiqués jusque fin septembre pour les associer plus largement aux décisions de mobilisations sur ce sujet comme sur d’autres, leur rythme, leur périmètre. Consultation des syndiquesconsultation-des-syndiques.pdf (275.3 Ko).

Elle a également lancé une formation des militants et animateurs de la vie syndicale sur la réforme des retraites et appelle à un premier temps fort interprofessionnel le 24 septembre, trois jours après que FO rassemble ses militants à Paris pour un meeting.

Emmanuel Macron fait tout pour s’épargner une nouvelle crise sociale, mais les risques que fait porter cette réforme des retraites pourront difficilement être écartés sans une confrontation.

Source NVO : https://www.nvo.fr/retraites-macron-joue-la-montre-mais-garde-le-cap-de-sa-reforme/

Réforme des retraites : Delevoye veut inciter à travailler plus longtemps

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Dans son rapport remis à Matignon ce jeudi 18 juillet, le haut-commissaire à la réforme des retraites propose que le futur « système universel » comprenne un « âge d'équilibre » de départ à taux plein adossé à un dispositif de décote et surcote. Il le fixe à 64 ans pour la génération née en 1963.

Après dix-huit mois de réflexion et de concertation, Jean-Paul Delevoye, le Haut-commissaire à la réforme des retraites, a remis son rapport au premier ministre ce jeudi 18 juillet. Ses recommandations sont censées servir de base au gouvernement pour élaborer le projet de réforme qu'il présentera au Parlement avant la fin de l'année et mettre ainsi en œuvre la promesse de campagne d'Emmanuel Macron : un nouveau « système universel à points » pour le calcul des pensions où chaque euro cotisé donnerait les mêmes droits à tous les Français « quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». Cela, sans toucher à l'âge légal minimum de départ à la retraite qui est fixé à 62 ans.

Un système par points dès 2025

Ce système par points doit être mis en place en 2025. Il remplacera les 42 régimes de retraite actuels, actant la disparition, à terme, des régimes spéciaux à quelques exceptions près comme les « uniformes » (armées…) et certaines catégories de fonctionnaires. Reste qu'au terme de la mission Delevoye de nombreuses zones d'ombre persistent et que la colère monte du côté des syndicats.

Il faudra travailler de plus en plus longtemps

Cette énième réforme des retraites devait être purement « systémique ». Le simple passage à un système par points était censé régler tous les problèmes de financement et les débats inhérents aux réformes « paramétriques » – liés à l'adaptation du système par répartition à l'allongement de l'espérance de vie – relever de l'ancien monde. Las ! Emmanuel Macron est revenu sur sa théorie : pour financer notre modèle social il faut travailler plus longtemps, estime-t-il désormais. Les assurés pouvant « toujours » partir à la retraite à l’âge légal minimum de 62 ans, le haut-commissaire propose donc de les inciter « au prolongement de l'activité ».

Pour cela il définit un « âge d'équilibre » de départ à la retraite à taux plein qui soit le même pour tous et assorti d'un dispositif de décote/surcote. Il préconise de le fixer à 64 ans pour la génération née en 1963, la première concernée par cette réforme, cet âge devant évoluer avec l'espérance de vie. Ceux qui partiront avant cet « âge d'équilibre » ou âge pivot, verront le rendement de leur retraite diminuer de 5% par année d’écart, quand ceux qui prolongeront leur activité bénéficieront d’un rendement majoré de 5% par an. Ainsi l’ « équilibre du système », sera garanti souligne M. Delevoye dans son rapport.

Central dans le nouveau système de retraite en préparation, ce dispositif est très contesté par les syndicats.
De plus, « avec les points, les pensions vont chuter de 10 à 30%, a calculé la CGT : les mauvaises années vont être comptabilisées (les plus petits salaires, le temps partiel subi, les périodes de chômage ou de précarité, etc.), en lieu et place des meilleures années actuellement. C'est donc bien une double peine pour les femmes, les malades ou invalides, les jeunes précaires ou les privés d'emploi ! »
Parmi ses autres préconisations, M. Delevoye propose un minimum de retraite égal à 85% du Smic net, contre 81% pour les salariés et 75% pour les agriculteurs actuellement.

Les mêmes dispositifs pour tous

Le système de retraite devenant universel les dispositifs de solidarité sont également unifiés.

Le haut-commissaire propose ainsi que les pensions de réversion versées aux conjoints survivants, le plus souvent des femmes, leur assurent 70% du total des retraites perçues par le couple.

Il suggère aussi de majorer les droits à la retraite de 5% par enfant dès la première naissance, contre 10% actuellement pour les parents de trois enfants et plus. Cette majoration sera attribuée par défaut à la mère ou être partagée entre les deux parents.

Encore beaucoup de flou

Les dispositions sont plus floues sur d'autres sujets comme par exemple les départs anticipés. Si le haut-commissaire affirme qu'un départ à la retraite « anticipé » restera possible pour les assurés aux carrières longues, métiers pénibles ou « les militaires et fonctionnaires ayant des fonctions dangereuses », il n'indique pas comment. En effet, l'âge de départ à la retraite à taux plein étant destiné a reculer au fur et à mesure que l'espérance de vie s'allonge, quels garde-fous seront prévus pour ces salariés ?

M. Delevoye assure aussi que le « niveau des retraites sera sécurisé dans le temps » car « la valeur du point ne pourra pas baisser » et sera revalorisée en fonction de « l’évolution des revenus moyens en France, plus favorable que l’inflation ». Le rapport indiquant que les pensions resteront revalorisées selon l’inflation la CGT fait observer dans son communiqué que « les pensions ne seront plus déterminées en référence aux salaires mais dépendront [donc] de la situation économique du pays », en d'autres termes, « la valeur du point au moment de la retraite sera tributaire de la conjoncture économique ou démographique ». Autre observation : le gouvernement avait déjà posé l'une des pierres angulaires de sa réforme des retraites dans la loi sur la croissance des entreprise (loi Pacte) avec des mesures destinées à relancer l'épargne retraite par capitalisation.

Le haut-commissaire annonce cependant un plan de longue haleine puisqu'il estime que la transition vers le système unique sera progressive et que les évolutions « seront achevées environ 15 ans après l’entrée en vigueur du système », en 2025, année où il « devra être à l’équilibre » financier.

Face à la «  réforme injuste et individualiste » défendue par le Haut-commissaire Delevoye, le 24 septembre la CGT se mobilise notamment pour « gagner de meilleures retraites » et « préserver et améliorer notre modèle social » .

Source : NVO https://www.nvo.fr/delevoye-veut-inciter-a-travailler-plus-longtemps/