Réforme des retraites : Buzyn favorable à un « allongement de la durée de travail »

La ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn a envisagé lors du Grand jury RTL-Le Figaro-LCI dimanche 17 mars de « proposer un allongement de la durée de travail » lors des discussions avec les organisations syndicales et patronales « dans le cadre de la réforme générale » des retraites. Prétendant s'exprimer « à titre personnel », la ministre a ainsi lancé un ballon d'essai.

« La question de l'âge du départ à la retraite est sans arrêt sur la table, à gauche comme à droite », a relevé la ministre au micro du Grand Jury. « Je pense qu'un jour, nous serons obligés de travailler plus longtemps sinon notre système de retraite ne pourra pas tenir », a-t-elle précisé. « Ce que j'ai dit, c'est que j'ai vu ces propositions remonter du grand débat. À partir du moment où les Français l'évoquent, c'est sur la table. À partir du moment où toutes les propositions qui sont amenées par le grand débat vont être étudiées, nous étudierons celle-là comme les autres. Elle n'est pas [mise] sur la table aujourd'hui par le gouvernement », a-t-elle rappelé.

Agnès Buzyn prétend que les Français seraient demandeurs d'un recul de l'âge de la retraite

Ainsi donc Agnès Buzyn, l'un des poids lourds du gouvernement, nous explique que ce recul de l'âge de la retraite serait une demande des Français exprimée dans le «grand débat ». On voit bien sur quoi cette grande opération de communication pourrait déboucher dans les jours à venir. Emmanuel Macron avait déjà prévenu d'entrée que les réformes souhaitées par les Français devraient être gagées sur des économies à réaliser et sur une réduction du déficit public. Cette fois, Agnès Buzyn légitime le futur renoncement d'Emmanuel Macron à sa promesse de campagne par une sorte de volonté populaire. Demain la ministre nous expliquera sans doute que sur les ronds-points les gilets jaunes manifestaient pour travailler indéfiniment.

Comme on lui rapportait, en fin d'émission, les réactions hostiles suscitées sur les réseaux sociaux par ses déclarations, la ministre a souligné qu'elle s'exprimait « à titre personnel ».

Le haut-commissaire à la réforme des retraites se dit « très surpris »

« Je n'y suis pas hostile », a poursuivi la ministre. « Je suis médecin, je vois que la durée de vie augmente d'année en année, elle augmente moins vite ces dernières années mais elle a considérablement augmenté », a-t-elle fait valoir en remettant en selle les éternels arguments comptables qui ont conduit les gouvernements précédents à repousser l'âge de la retraite et allonger la durée de cotisation : « Est-ce que, alors que le nombre d'actifs diminue, nous allons pouvoir maintenir sur les actifs le poids des retraites qui vont augmenter en nombre et en durée ? Nous savons que cet équilibre-là va être de plus en plus difficile à tenir », a-t-elle prévenu.

Interrogé par Le Monde, Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire à la réforme des retraites, se dit « très surpris » des propos de la ministre. « J'ai vu émerger ce débat, ce n'est pas le mien, poursuit-il. Mais si nous devions faire évoluer notre réflexion, au-delà de cette question, ce sera en toute transparence et non pas au travers d'une déclaration ou d'une émission. »

 

 

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